Bonheur Voyage

 

Création : JANVIER 2013
Public : à partir de 6 ans


Production Théâtre des Oiseaux en coréalisation avec le Sax d'Achères et le centre des arts de Buchelay, pré-achat Le Chaplin de Mantes-la-Jolie et la Salle Jacques Brel de Mantes-la-Ville. La compagnie a une convention artistique avec la Région

 

« Bonheur, non-violent, joyeux, est forcé de quitter son pays pour survivre. Seul en mer, affamé, il désespère de n’obtenir aucun secours. Apparaît alors, remuée dans l’obscurité des vagues, une forme claire, il croit enfin pouvoir pêcher un gros poisson…, non, une naufragée ! Y a-t-il de la place pour deux et pendant combien de temps sur son embarcation de fortune ? Mais cette petite boat-people se révèle un précieux soutien, une aide magique, et fait avancer son radeau contre vents et marées. »

 

A la confluence du théâtre et du cirque, entre poésie et humour, Bonheur Voyage aborde les questions de la migration contrainte, le déracinement, l'altérité. Un peu sans le vouloir, Bonheur sauve des eaux une petite boat-people. D'abord méfiant à l'égard de cette étrangère, il l'accueille finalement à bord de sa chétive embarcation. Ensemble, ils parviennent à faire face aux dangers et se soutiennent l'un l'autre tout au long de ce voyage périlleux.

Ce conte pluridisciplinaire utilise le masque qui confère une dimension mystérieuse et fantastique au personnage de Bonheur, un migrant parmi les autres. Tantôt égoïste, tantôt protecteur, Bonheur est bien un être humain avant tout.

La musique, mise en valeur par la présence du musicien sur scène, rythme le spectacle et illustre les dialogues et les mouvements, en renforçant ainsi le sens des idées exprimées.

La petite boat-people se raconte tout en souplesse à travers d'impressionnants équilibres et figures acrobatiques. La gestuelle circassienne devient alors une langue à part entière qui permet au personnage de retracer son histoire et ses émotions de manière ludique.

Le Théâtre des Oiseaux défend un théâtre populaire exigeant accessible à tous.

Emilie Picton pour theatre-enfants.com

 

 

" Bonheur Voyage » est une pièce remarquable de Bernard Martin Fargier sur la le parcours de l’exil, le besoin de solidarité, la rencontre des êtres… Voilà une œuvre qui, non seulement est nécessaire pour tous, mais qui s’appuie sur une écriture de qualité et une intrigue prenante. A voir absolument." Mantes TV

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" Cette pièce Bonheur voyage de très grande qualité met en évidence le chemin parcouru par les migrants pour arriver en Europe tout en soulignant la dimension humaine des personnages et leur quête d'un avenir meilleur. Nous vous remercions pour le très joli moment passé lors de la représentation de votre pièce. » Sylvie - Commission personnes déracinées – AMNESTY INTERNATIONAL -

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"Le Théâtre des Oiseaux, c’est avant tout l’aventure de passionnés, acteurs, auteurs, musiciens, qui souhaitent plus que tout faire passer leur amour du spectacle au public, petits et grands. Leur nouveau projet pluridisciplinaire allie jeux de masque, numéros de cirque ou encore musiques interactives. Bonheur voyage met en scène un migrant voguant au gré des aléas de la vie, des dangers du destin, de la solitude de l’inconnu. Au cours de sa traversée de l’Enfer, il doit faire un choix : aider autrui et risquer sa vie déjà en équilibre précaire, ou suivre sa route sans se retourner. Cette narration métaphorique et poétique cherche à sensibiliser les enfants comme les adultes aux difficultés rencontrées par les migrants dans leur périple vers un ailleurs, qu’ils espèrent meilleur. Bref, Bonheur voyage c’est une épopée tragi-comique, le voyage d’un Arlequin des temps modernes, le périple d’un survivant." - par Séverine de cafe-powell.com

 

 

 

 

Les représentations passées :

 

Le Sax d'Achères

2, rue des champs 78260 Achères

le 17 janvier 2013 à 10h et 14h, 18 janvier 2013 à 14h et 20h

 

ECM Le Chaplin

place Mendés France Mantes La Jolie

le 25 janvier 2013 à 14h et le 26 janvier 2013 à 20h30

 

Centre Culturel et Artistique

5-7 rue des Archers 91310 Montlhéry
le 8 février 2013 à 14h.

 

Salle Jacques Brel

21, rue des Merisiers 78711 Mantes La Ville

le 26 février 2013 à 14h30 et 20h45 pour une représentation en journée et une représentation en soirée

 

Centre des arts et loisirs

14, route de Mantes 78200 Buchelay

le 14 juin 2013 à 14h et 15 juin 2013 à 20h30

 

Atelier au local ados

Rue des Soupirs 78711 Mantes La Ville

Le théâtre des Oiseaux a animé deux ateliers de théâtre gratuit pendant les vacances de la Toussaint 2014 pour les jeunes âgés de 13 à 17 ans dans le cadre de la constitution du Groupe Jeune Théatre Intercommunal, soutenu par la CAMY.

 

OMMASEC Le Colombier

Rue de la Ferme 78200 Magnanville

Le vendredi 11 octobre 2013 à 14h et samedi 12 octobre à 20h30

 

Salle du Bout du Monde (Quartier d’Elisabethville)
Place Eugène Monnin 78680 Epône
Le dimanche 17 novembre 2013 à 17h

 

Théâtre Rutebeuf
18 Allée Léon Gambetta, 92110 Clichy
Le mercredi 20 novembre 2013 à 14h

 

Salle municipale de Limay
Rue des quatre Chemins – 78520 Limay
Le 11 avril 2014 à 14h et 20h

 

Salon des Solidarités - 75015 Paris
(Hall 2.2- Salle de spectacle du Salon)
Le Jeudi 12 juin 2014 à 11h
Le Vendredi 13 juin 2014 à 10h30
Le Samedi 14 juin 2014 à 13h et 15h

 

 Collaboration

Caï-Xia Sun - chorégraphe en équilibres et souplesse. Direction d’Elite au Cirque de Pékin et Médaille d’honneur au Festival mondial du cirque Wu Qiao.
Erhard Stiefel - facteur de masques, maître d’art 2000. Depuis 1965, il a créé des centaines de masques pour les plus grands metteurs en scène de théâtre et de cinéma. Chacun de ses masques est une oeuvre unique faite sur mesure.
Christian Leroy - compositeur, multi-instrumentiste et comédien. Il étudie le violon au conservatoire puis se dirige vers le jazz et la musique tzigane. Il découvre le théâtre avec Bernard Martin Fargier. Très rapidement, l’envie de mélanger plus intimement les deux disciplines les poussent tous deux à un traitement scénique de la musique comme personnage à part entière.
Mélusine - circassienne et comédienne. Elève de Madame Caï-Xia Sun. Présente un numéro de trapèze au salon Mondial du Cirque à Paris. Suit les cours d’acrobatie d’Alexei Anoufriev chez Fratellini. Pratique le Trapèze fixe avec Sandy Sun. A 12 ans, est sélectionnée au Festival « La Piste aux Espoirs » à Tournai en Belgique. Pratique la danse classique.
Nathalie Cario - comédienne et conseillère artistique à la création des costumes. Issue du Conservatoire National de Strasbourg (direction pédagogique d’Alain Knapp), Nathalie joue dans plusieurs spectacles et films. Elle est à l’origine de la fondation du Théâtre des
Oiseaux.
Bernard Martin Fargier - metteur en scène et auteur. De 85 à 91, comédien au Théâtre du Soleil dirigé par Ariane Mnouchkine, il réalise ensuite plusieurs mises en scènes qui font appel à diverses disciplines artistiques. Il adapte, met en scène et joue L’homme de fer qui
tiendra l’affiche deux saisons à Paris. Il est l’auteur de la pièce Le voleur transfiguré Editions L’Harmattan. Il est à l’origine de la fondation du Théâtre des Oiseaux.

 Le projet

La Compagnie Le Théâtre des Oiseaux défend un théâtre populaire exigeant accessible à tous. Il agit avec différents projets : la création et la diffusion de spectacles vivants, des actions culturelles pluridisciplinaires, la valorisation des traditions orales,… Avec ce nouveau projet aux multiples facettes, la compagnie tente de concerner des publics intergénérationnels par ce sujet d’actualité : la migration des populations. Il couple création et appropriation, culture et société et vise à sensibiliser aussi les enfants sur les difficultés que rencontrent les migrants et les dangers qu'ils encourent. Il s'agit de raconter pour se reconnaître mutuellement. Souvent la fraternité passe par l’enfance. La compagnie est conventionnée – dispositif de la permanence artistique - par la Région Ile de France et par la Communauté d’Agglomération de Mantes en Yvelines ; elle est aidée à la création par le Conseil général des Yvelines. D’autres perspectives de tournée sont à l’étude, notamment avec des Festivals des pays méditerranéens. Territoire d’implantation de la Compagnie (siège, bureau et salle de répétition) : Commune de Buchelay (78) Résidence de création et co-réalisation : Le Sax à Achères Résidence et pré-achat : ECM Le Chaplin à Mantes la Jolie Pré-achat : Salle Jacques Brel à Mantes la Ville. La Compagnie continue sa recherche de partenaires (différentes formes : pré-achats, accueil en résidence de diffusion, soutiens divers,…). Notre objectif étant les rencontres et la mise en commun d’expériences. Perspective de mise en scène :

1/ Un conte contemporain… poétique et burlesque présenté dans un genre théâtre-cirque où la versatilité et l’inventivité des acteurs emmènent petits et grands dans l’émouvante fragilité et l’hilarante férocité de personnages entre deux mondes : l’ancien et le nouveau, la fiction et le réel. Nous sommes en présence d’une esthétique où le geste occupe autant de place que la parole, où les équilibres et la souplesse en jeu contribuent à styliser et à raconter un ailleurs qui nous ravit. Un registre singulier, une fable aux multiples résonances passées et présentes.

2/ une Forme… pluridisciplinaire Mixe entre trois disciplines artistique : jeu d’acteur (verbe et corps), expressions visuelles pantomime (corps, techniques des équilibres et de la souplesse) et expressions sonores (musique, multi-instrumentiste)

3/ un Espace… traditionnel/artisanal comme un petit théâtre traditionnel… à la dérive un tissu (soie brillante) fond de scène qui transpose un « lointain » imaginaire et rappelle « la porte des esclaves », les portes sans retour en Afrique un sol-plateau (paille de riz ou jonc) aux proportions et aux teintes en harmonie avec le fond de scène tissu flottant pour la pleine mer, ondulant et recevant la lumière un Espace « rustique », en cela qu’il sera façonné avec simplicité et qu’il s'adaptera ou supportera toutes les conditions climatiques…

Avertissement : il est peu commode dans un dossier de rendre compte des lazzis, décalages comiques et trouvailles burlesques qui figureront dans le spectacle. La notice est faite pour donner une idée du déroulé de l’histoire, de son contenu thématique, de l’esprit dans lequel la réalisation sera abordée et menée à terme. Mais, en la lisant, et face aux évènements dramatiques qui font les ressorts de cette épopée, il ne faut pas perdre de vue le traitement poétique et humoristique induit par la nature même du personnage central et qui sera évidemment l’objet des répétitions. Je fais des spectacles pour apprendre à connaître les gens et leurs vies. Un nouveau projet, c’est pour moi, l’ouverture de nouveaux questionnements : esthétiques, bien sûr, et aussi éthiques. Je considère que l’on ne sait pas tout, même quand on est un intellectuel et/ou un artiste, que l’on ne peut pas prétendre parler de tout sans risquer d’être présomptueux. C’est pourquoi, je propose dans mes dossiers en préalable à mes créations, des pistes de recherches, des réflexions, des désirs de mieux comprendre, des tentatives d’exposition de problématique, d’autant plus que le langage couché sur le papier, des mois avant la mise en œuvre du travail de répétition avec ses aspects physiques et émotionnels, est très différent et d’une autre nature. C’est ainsi que cette nouvelle création questionnera dans l’espace la rencontre entre le langage verbal et le langage gestuel, le loquace et le muet. Elle nous interrogera sur le danger au quotidien et l’individu ordinaire en situation de survie. Elle abordera aussi la part de responsabilité des pays riches dans les manques et les conflits qui agitent les pays d’émigration. Néanmoins, j’ai choisi délibérément un format jeune public et je ne perdrai pas de vue les exigences qu’impliquent l’adresse à ce public vif, sensible et en construction, mais exactement de la même manière que j’aborde, depuis de nombreuses années maintenant, avec ce même jeune public, les contes merveilleux et autres traditions orales. En effet, j’ai appris, à mon grand plaisir, que ces enfants, à l’appétit d’imaginaire énorme, demandent des histoires fortes, dans lesquelles la vie est retranscrite sans mensonge et qu’ils peuvent approcher de tout leur être et se les approprier; des histoires où l’humain s’exprime dans ce qu’il a de beau et de laid, agit noblement et vilement, aime et déteste, protège et agresse ; ils veulent connaître, pointer leur regard dans leur patrimoine, s’ingérer dans les affaires des adultes… qu’ils seront aussi un jour, être avertis de la complexité et des multiples facettes que leur réservent le monde et la vie qu’il conditionne. Cependant, c’est la forme, le registre, le langage singulier, la transposition qui offrent à ce jeune public des entrées adaptées, des accès par lesquels ils sont libres de passer à cet instant ou bien plus tard. Ils prennent alors ce qu’ils sont à même de recevoir, sans brutalité et en fonction de l’étape d’évolution de chacun… ils interprètent pour comprendre et sentir ce qu’il leur faut à chaque instant. C’est pourquoi, « Bonheur voyage » sera un conte moderne.

 

 

Masque : Le jeu masqué est une forme artistique au théâtre, un univers à part entière. Il est une expression d’une esthétique théâtrale non réaliste qui induit une approche intime de l’altérité. Un bon masque nous intrigue, il nous suggère une âme invisible dont le reflet physique est devant nous, mystérieux et sans détour. Seul, il est présence immédiate d’un contenu humain sculpté et absence du corps qui devra l’animer pleinement.

Musique : Le musicien présent sur scène est un partenaire de jeu. Sa musique aide à donner du sens à l’action et à la rendre lisible au spectateur. Pour atteindre cette osmose, dans le détail et l’ensemble, le musicien travaille, dès le début, en répétition sur le plateau avec les acteurs. Au moyen de ses instruments, il improvise avec eux, avec les propositions du texte et du metteur en scène, en interaction avec les trouvailles des uns et des autres.

Cirque : Voici une entrée intéressante vers un théâtre populaire stylisé. La rencontre du jeu d’acteur avec la « performance » de la circassienne. Ses moyens d’expression physique deviennent un langage gestuel et racontent le corps d’un personnage de l’histoire. Voici une pantomime à inventer sans cesse en fonction des situations du récit et grâce à la magie ludique de cette discipline chorégraphique des arts du cirque.

Contenu : Un personnage paisible, non violent et joyeux se retrouve aux prises avec de grands tourments causés par la Crise ; la peur le tenaille alors il fuit par la mer et ce sont les éléments qu’il lui faut affronter en plus des besoins les plus primaires, la soif, la faim, le froid… Il se trouve plongé dans la plus dure solitude.

Il s’agit ici de raconter la fragilité, l’innocence d’un être qui croit tout simplement qu’il suffit de partir pour trouver mieux ailleurs. Même le choix du trajet, du moyen de transport, il n’a pas eu le temps de le faire. Il se retrouve, en catastrophe, poussé, jeté à la mer ! Le monde moderne, les mégapoles, les usines, les avions, les télécommunications,…, il ne les fréquente pas ; il en a entendu parlé, c’est tout, et cela ne le tente pas plus que ça. On lui a dit que c’était là beaucoup de richesses et que tout le monde les voulait aussi, que c’était pour elles encore qu’on était nombreux à quitter le pays de toutes les façons… Mais, Bonheur ne cherche pas fortune. Il est bien comme il est, aime sa terre, vit simplement et n’aspire à rien d’autre. Tout pourrait s’arrêter là. L’Histoire va aller le chercher, jusque dans son tout petit village et lui retirer jusqu’à « son strict minimum vital ». Mis en danger, réduit à survivre, il se retrouve en pleine mer !

Malheureux malgré lui et héros malgré lui ? Je m’adresse d’abord aux enfants. Je sais qu’enfant, nous rêvons du héros que nous sommes ou plutôt de celui que nous pourrions devenir. En attendant d’être contraint, à l’âge adulte, de relativiser et de redéfinir notre rôle et notre utilité dans la société, nous jouons – « pour de faux », par procuration – à être des héros : nous rétablissons la justice, sauvons des vies imaginaires, exprimons les meilleurs sentiments et défendons jusqu’à la mort des valeurs universelles. Bien entendu, propulsés par d’étonnants pouvoirs, rien ne nous arrête puisque, souvent abattus de mille morts, nous nous relevons mille fois ! D’ailleurs, exactement comme le comédien.

 

Bon. Mais s’agit-il bien de cela ? Ici sans doute pas. Puisque ce n’est plus le héros qui fait l’histoire, mais l’Histoire qui plonge la personne dans un contexte si dangereux, si oppressant, si déroutant qu’elle en fait un héros… malgré lui. En fait, c’est un peu l’envers du héros romantique ou plutôt du héros idéalisé ou, encore, la mise en veilleuse des fantasmes des « m’as-tu vu ». C’est notre regard qui décide de qualifier une personne de telle ou telle manière. Et c’est pour cela, que les migrants sont pris entre deux extrêmes : le rejet causé par la peur d’un côté, l’accueil conséquence de la confiance de l’autre. Avant tout, l’étranger est une personne avec des qualités et des défauts comme tout le monde. Mais ce qui le fragilise, c’est qu’il est demandeur d’asile ! Il vient d’ailleurs, il est manifestement différent de nous, il a besoin d’aide, est faible (ce qui est relatif puisque tout prouve le contraire tant il tient la route) et, en plus, il a des contradictions, des désirs, des attentes, voire des revendications. Il n’apporte aucune richesse matérielle avec lui, vient prendre (sous-entendu le peu qu’on a … ce qui est un comble) et « faire comme chez lui ! ». En réalité, il nous met devant une évidence : la difficulté, la misère, la faiblesse nous dérangent et elles nous dérangeraient encore plus si nous étions nous-mêmes dans cette situation, par conséquent, en le repoussant, le riche croit repousser la pauvreté elle-même, croit éloigner « le mauvais sort », croit s’exempter des mêmes risques. Il ne supporte pas l’idée de s’imaginer à sa place ! Comme d’autres le feraient pour mieux comprendre la peine, la douleur ou simplement le malaise de celui qui demande le droit de se faire une place quelque part où il ne sera plus agressé. C’est donc un autre regard sur ces personnes « héroïques » que je porte, quand, elles-mêmes, considèrent ne pas l’être du tout. En tout cas, héros ou pas, « résistants » sûrement, je leur porte un regard d’admiration, là où il est trop souvent de mépris ou d’indifférence. La (dé)mesure de la réalité Personne ne quitte – souvent pour toujours - sa famille, ses amis, ses amours et se jette sur les routes par plaisir (sinon peut-être quelque aventurier, mais qui ne concerne pas le sujet traité ici) ni par cupidité.

 

Je prends comme exemple le petit afghan Enaiatollah … que sa mère avait dû emmener au Pakistan, à l’âge de 10/11 ans, parce qu’ils étaient en danger de mort dans leur village et qu’elle avait laissé un petit matin dans une auberge au service du patron qui l’hébergerait en échange. Elle le protégeait ainsi. Elle ne pouvait plus s’occuper de lui. Enaiatollah s’est retrouvé à faire, pour survivre, un périple gigantesque qui l’a conduit au bout de cinq années, d’exil en exil, en Italie. Mais, avant d’y être accueilli dans une famille, il a connu de dures privations, des conditions de voyage épouvantables (dans le double-fond étouffant d’un camion, couchés et entassés à plusieurs, ou encore à traverser la mer dans un petit canot pneumatique fourni par des passeurs chers payés, avec quelques enfants comme lui… ils n’arrivèrent pas tous). Ou, encore, à des kilomètres de cette histoire-là… et pourtant si proche, ces deux jeunes africains cachés dans les soutes des trains d’atterrissage d’un avion de ligne pour rejoindre la France - ils sont morts de froid -.


Retours sur l’histoire de « Bonheur voyage » Il pêche ce qu’il croit d’abord être « un gros poisson » que ses prières au dieu de la mer lui apportent. Mais c’est un être humain, une naufragée qu’il sauve de cette manière. Dans sa colère et dans l’extrémité dans laquelle il se trouve, il la perçoit aussitôt comme une charge impossible à assumer sur son minable radeau. Sa première intention est de la rejeter à la mer… pour sa propre survie. Elle est terrorisée, grelottante et semble avoir perdu la parole si elle l’a jamais eu ! Il n’a pas le cœur à le faire. L’humain n’est pas un ange, on le savait et, dans l’adversité, il peut faire preuve d’égoïsme, d’individualisme, tout comme du contraire. Et tout cela à l’identique quand il se trouve dans une situation de confort voire d’opulence, le même égoïsme peut dominer l’individu, nous le voyons tous les jours dans nos sociétés riches et industrialisées. "Nous sommes en présence d'un scénario de guerre", a commenté le maire de Lampedusa, demandant que "l'Etat envoie immédiatement des hélicoptères et des navires pour évacuer les Tunisiens". Donc le migrant est un individu comme un autre, mais dans une situation très différente, il est normal qu’il ressente des sentiments contradictoires, négatifs, quand il est en danger, même s’il peut ensuite les contrôler, les dépasser, s’il le décide. Ici la question devient très complexe et il ne faut pas la réduire par des généralités. Il faut simplement supposer qu’un certain nombre de données culturelles voire cultuelles conditionnent les comportements humains y compris dans les situations extrêmes où l’individu va devoir se déterminer plus fortement et qu’il y a des influences de nature diverses (sociales, économiques, politiques,…) qui bousculent cultures et repères. La situation dans la pièce raconte donc un personnage qui réprime sa peur et sa colère pour faire le choix de prendre le risque du partage de son petit espace et… de son temps indéterminé de survie ! Une métaphore est là, toute simple, concrètement exposée dans l’histoire. Mais cet être auquel il accorde sa confiance s’avère riche de moyens inattendus et devient une aide précieuse au milieu de la tempête et, tout fragile qu’elle fût dans sa situation de faiblesse, recouvre ses forces et désire à son tour se rendre utile, répondre à la générosité par la générosité, unir ses moyens à ceux de l’autre pour tenter de conjurer le sort et se maintenir ensemble à flots.
« Ne m’abandonne pas / Ne me tue pas ! je te le revaudrai. » Ce motif se trouve fréquemment dans les contes, témoin du besoin d’échanger, témoin de la valeur de l’acte d’aider et de reconnaître la valeur de la vie d’un plus faible. Rien n’est gratuit ; on doit donner ou ne pas prendre sans savoir, d’abord, à quoi cela avancera, pour, plus tard, quand cela aura été oublié, recevoir ou être reçu au moment où on en aura besoin à son tour. Cette philosophie populaire s’exprime drôlement dans la pièce puisque la naufragée, la petite boat-people révèlera – à sa façon – d’étonnantes mais indiscutables notions de navigation et parviendra à maîtriser la chétive embarcation. Une transposition gestuelle Comme métaphore poétique incarnée et stylisée en scène, la circassienne représentera l’aide magique (présente dans le schéma narratif des contes merveilleux) qui, au moyen de son corps souple et mobile, – seul possession qui lui reste – se transformera en des équilibres fins et stables, en une contorsion souple et ondulante, lesquels seront tantôt le mât et sa voile au tissu brillant et coloré, tantôt seront le gouvernail au mouvement lent et continu, tantôt la grande boussole à l’aiguille-jambe affolée, égarée ou fixe, tantôt le dessin d’un cétacé rappelant un bas-relief antique immergé au fond de l’océan. Elle mettra au service de cette histoire et de ce personnage androgyne, issu d’une mythologie populaire, la magie ludique et stylisée de cette discipline chorégraphique des arts du cirque.

 

 

Bernard Martin Fargier - metteur en scène et auteur. De 85 à 91, comédien au Théâtre du Soleil dirigé par Ariane Mnouchkine, il réalise ensuite plusieurs mises en scènes qui font appel à diverses disciplines artistiques. Il adapte, met en scène et joue L’homme de fer qui
tiendra l’affiche deux saisons à Paris. Il est l’auteur de la pièce Le voleur transfiguré Editions L’Harmattan. Il est à l’origine de la fondation du Théâtre des Oiseaux.